Faire la sieste pour une meilleure santé cérébrale

Une nouvelle étude, publiée dans Sleep Health, révèle que les siestes diurnes pourraient contribuer à préserver la santé cérébrale en ralentissant la vitesse à laquelle le cerveau se rétrécit avec l’âge. Des chercheurs de l’University College London (UCL – Londres, Royaume-Uni) et de l’Université de la République d’Uruguay ont expliqué que les siestes diurnes – de brèves périodes de sommeil pendant la journée – étaient un « comportement universel et répandu ». La plupart des enfants de moins de 3 ans font la sieste, elles deviennent moins fréquentes vers 6 ans et à l’âge adulte, avant d’augmenter à nouveau chez les adultes plus âgés.
« Des recherches antérieures ont montré que la sieste avait des effets bénéfiques sur le plan cognitif, les personnes ayant fait une courte sieste obtenant de meilleurs résultats aux tests cognitifs dans les heures qui suivent que leurs homologues qui n’ont pas fait de sieste », soulignent les auteurs de l’étude.
Les chercheurs ont donc entrepris d’établir s’il existait une relation de cause à effet entre la sieste diurne et la santé cérébrale.
Sieste régulière et cerveau
Pour cette étude, les chercheurs ont analysé les données de 378 932 personnes – âge moyen de 57 ans – issues de la UK Biobank. Sur les personnes interrogées, 57 % ont déclaré n’avoir « jamais/rarement » fait de sieste pendant la journée, tandis que 38 % et 5 % ont respectivement déclaré faire « parfois » et « habituellement » une sieste pendant la journée. Les personnes qui faisaient « habituellement » une sieste pendant la journée étaient plus âgées, moins susceptibles d’être des femmes, plus susceptibles d’être défavorisées, de fumer, de prendre des antihypertenseurs, d’avoir un diagnostic de diabète et de souffrir d’une maladie cardiovasculaire prévalente, expliquent les auteurs de l’étude.
Les mesures de la santé cérébrale et de la cognition des personnes qui étaient génétiquement plus « programmées » pour faire la sieste ont été comparées à celles de leurs homologues qui ne présentaient pas ces variantes génétiques.
Les résultats étaient attendus sur le volume total du cerveau, le volume de l’hippocampe, le temps de réaction et la mémoire visuelle.
Pour évaluer la mémoire visuelle, on a demandé aux participants d’identifier correctement les correspondances de six paires de cartes après avoir mémorisé leur position. Le temps de réaction a été enregistré comme le temps moyen mis par les participants pour identifier correctement les correspondances dans une partie de Snap (jeu de cartes) sur 12 rounds.
Valentina Paz, doctorante de l’Université de la République (Uruguay) et de la MRC Unit for Lifelong Health & Ageing de l’UCL, première autrice de l’étude, a déclaré : « Il s’agit de la première étude qui tente de démêler la relation de cause à effet entre les siestes diurnes habituelles et les résultats cognitifs et structurels du cerveau. »
De courtes siestes en journée pourraient préserver la santé cérébrale
Les chercheurs ont constaté une relation de cause à effet « modeste » entre les siestes diurnes habituelles et un volume cérébral total plus important.
« Dans l’ensemble, les personnes prédisposées à faire la sieste avaient un volume cérébral total plus important », ont-ils déclaré. Ils ont par la suite émis l’hypothèse que cela « pourrait suggérer que la sieste régulière fournit une certaine protection contre la neurodégénérescence en compensant un sommeil insuffisant ».
Les chercheurs ont souligné que la prédisposition génétique aux siestes pendant la journée était associée à un volume cérébral total plus important de 15,8 cm3, ce qui, selon eux, équivaut à un vieillissement de 2,6 à 6,5 ans.
La Dre Victoria Garfield, de la MRC Unit for Lifelong Health and Ageing à l’UCL, et dernière signataire du papier, a déclaré : « Nos résultats suggèrent que, pour certaines personnes, les courtes siestes en journée peuvent être une partie du puzzle qui pourrait aider à préserver la santé du cerveau avec l’âge. »
Cependant, les chercheurs n’ont pas trouvé de lien entre les siestes quotidiennes et le volume de l’hippocampe, le temps de réaction ou la mémoire visuelle, ce qui les a « surpris ». Ils suggèrent que des mesures cognitives « plus fiables » pourraient être nécessaires pour identifier ces effets.
Réduire la stigmatisation des siestes quotidiennes
Les auteurs ont reconnu que leur étude comportait certaines limites, notamment le fait que tous les participants étaient d’ascendance européenne blanche, de sorte que les résultats pourraient ne pas être immédiatement transposables à d’autres ethnies.
Ils ont également souligné que même s’ils ne disposaient pas d’informations sur la durée de la sieste, des études antérieures suggéraient que les siestes de 30 minutes ou moins apportaient de meilleurs bénéfices cognitifs à court terme, et que faire la sieste plus tôt dans la journée était moins susceptible de perturber le sommeil nocturne.
La Pr Tara Spires-Jones, présidente de la British Neuroscience Association, chef de groupe au UK Dementia Research Institute et directrice adjointe du Centre for Discovery Brain Sciences de l’Université d’Édimbourg (Royaume-Uni), a commenté l’étude en précisant qu’elle comportait des limites.
« Les habitudes de sieste des participants à la UK Biobank ont été déclarées par eux-mêmes, ce qui peut ne pas être tout à fait exact », a-t-elle averti.
Toutefois, elle a souligné que même avec ces limites, l’étude était « intéressante » puisqu’elle complétait les données indiquant que le sommeil était « important pour la santé du cerveau ».
La Dr Garfield espère que « des études comme celle-ci, qui montrent les bienfaits pour la santé de courtes siestes, peuvent contribuer à réduire la stigmatisation qui existe encore autour des siestes diurnes ».
Des études comme celle-ci, qui montrent les bienfaits pour la santé de courtes siestes, peuvent contribuer à réduire la stigmatisation qui existe encore autour des siestes diurnes.
Financements et liens d’intérêts
L’étude a été financée par le Programa de Desarrollo de las Ciencias Básicas, l’Agencia Nacional de Investigación e Innovación, la Comisión Sectorial de Investigación Científica, Comisión Académica de Posgrados, le National Heart, Lung, and Blood Institute, Diabetes UK, la British Heart Foundation. Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêts.
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Valentina Paz, Hassan S. Dashti, Victoria Garfield. Is there an association between daytime napping, cognitive function, and brain volume? A Mendelian randomization study in the UK Biobank. Sleep Health, 2023, ISSN 2352-7218, https://doi.org/10.1016/j.sleh.2023.05.002.
